- FISHER (I.)
- FISHER (I.)FISHER IRVING (1867-1947)Considéré, en son temps, comme le plus grand économiste américain, Irving Fisher a enseigné à l’université Yale. Statisticien et économiste, Fisher a élaboré une œuvre abondante d’où émergent, outre une importante contribution à la théorie des nombres indices, trois apports essentiels.En premier lieu, dans ses Recherches mathématiques sur la théorie de la valeur et des prix (Mathematical Investigation in the Theory of Value and Prices , 1892), il débarrasse de ses relents d’hédonisme la théorie des choix du consommateur; il examine les problèmes de mesure d’une fonction d’utilité, discute les questions de complémentarité et de substituabilité, et montre que l’utilité d’un bien est fonction, à travers les phénomènes d’interdépendance, de l’ensemble des biens qui existent sur un marché; il introduit le traitement graphique du problème en termes de courbes d’indifférence.En deuxième lieu, après avoir explicité dans La Nature du capital et du revenu (The Nature of Capital and Income , 1908) la distinction entre revenu — ou flux de biens et services à travers le temps — et capital — ou stock de biens à un moment du temps —, il élabore une théorie de l’intérêt; pour cela, il se sert de démonstrations géométriques dans Le Taux d’intérêt (The Rate of Interest , 1907), ouvrage qui conduira à la version révisée de La Théorie de l’intérêt (The Theory of Interest as Determined by Impatience to Spend Income and Opportunity to Invest , 1930). Dans un monde «simple», le taux d’intérêt émerge d’une préférence temporelle, à la manière de Bohm-Bawerk; dans un monde complexe, le résultat est en outre influencé par la productivité du capital: au facteur subjectif de l’«impatience» s’ajoute ainsi le taux d’opportunité du placement (qu’on peut identifier à l’efficacité marginale du capital de Keynes) pour déterminer le taux réel d’intérêt (ou, plus précisément, les taux variés qu’incertitude et risque font surgir); les taux monétaires seront la somme du taux réel et du taux de changement du niveau général des prix.Enfin, en troisième lieu, Fisher établit, dans Le Pouvoir d’achat de la monnaie (The Purchasing Power of Money , 1911), sa célèbre formule de l’équation des échanges, issue de Simon Newcomb mais amendée: MV + M V = PT, à savoir que la masse monétaire fiduciaire M ou scripturale M et les vitesses de circulation respectives V et V conditionnent, pour un montant de transactions données T, le niveau général des prix P; par là, Fisher déduit que, si l’on veut conserver stable le niveau général des prix afin d’éviter les conséquences fâcheuses de l’inflation ou de la dépression, il convient de contrôler soigneusement le niveau de la masse monétaire. La théorie de Fisher devait pendant longtemps inspirer les spécialistes de la politique économique, et l’école de Chicago la tient pour partie valable.
Encyclopédie Universelle. 2012.